Pourquoi l'itinérance coûte-t-elle un bras?
La grande question : pourquoi l’itinérance à l’internationale coute une fortune?
Commençons par la grande question relative à la vie et à l univers ? La réponse est simple : 42. Relisez le guide du voyageur intergalactique !
Trêve de plaisanterie. Reprenons un peu de sérieux : pourquoi l’internet mobile, en itinérance internationale (hors UE), coute-t-il si cher?
Il n’y a pas une seule raison. Il y a un amonçellement de raisons :
1. Historique :
lors du déploiement des réseaux mobiles, dans les années 90, il n’était pas spécialement prévu qu’un abonné puisse se rendre à l’autre bout du monde pour utiliser son portable, avec son opérateur, de l’autre bout de la planète comme à la maison : prendre un appareil supplémentaire avec un abonnement local était la norme. Et jusqu’à la fin des années 90, posséder un téléphone portable était un vrai luxe, très loin d’être accessible !
Par la suite, les interconnexions entre opérateurs se sont développées petit à petit.. avec le coût en conséquence.
2. Entre-soi des premiers opérateurs :
les plus grosses interconnexions se font entre grands opérateurs, historiques. C’est un peu comme l’internet, on s’entend entre “grands” et on connecte les plus petits par la suite, mais comme le nombre d’abonnés fait souvent foi : un petit opérateur, par ex un MVNO, n’aura pas souvent les moyens de négocier une bonne interconnexion, de même que la tarification : il sera facturé rubis sur ongle par un plus gros opérateur, en raison des lourds investissements.
En d’autres termes, les “géants” arrivés dans les années 90’ jusqu’au début des années 2000, ont réussi à se faire une place, et les suivants ont du négocier “comme on peut” pour s’y interconnecter. La qualité de l’internet mobile, et le tarif, y sont donc en fonction des négociations.
3. Héritage technique :
jusqu’au milieu des années 2000, les appareils mobiles n’étaient pas vraiment fait pour aller sur internet. Il y a eu le WAP, et l’i-Mode, des technologies permettant aux très vieux téléphones à touches, de naviguer sur internet de manière textuelle.. un peu comme un minitel dans la poche ! Il faut comprendre : ces vieux téléphones n’avaient pas des performances exceptionnelles, même très basiques : consommer 1Mo sur une journée était énorme, presque impossible en GPRS ou Edge !
À l’époque, même, les opérateurs facturaient avec la consommation par palier de 10 kilo-octets (soit 1Ko = 1 million de fois plus petit qu’un Gigaoctet) tellement les appareils n’étaient pas dimensionnés à consommer autant !
Ainsi, sur les factures dans les années 2000, les opérateurs détaillaient la consommation “data” (=internet mobile) au “détail”, “consommation par consommation”, tellement c’était faiblard. Puis, le smartphone est arrivé..
Amusant : lors de la sortie de l’iphone 1 (ou iphone Edge), une cliente a eu la surprise de voir ses facture ATT “détaillées” reçues.. dans une boite :
iPhone bill, iJustine :
https://www.youtube.com/watch?v=UdULhkh6yeA
https://web.archive.org/web/20260312174234/http://www.youtube.com/watch?v=UdULhkh6yeA
Ces temps anciens sont révolus, sur le plan technique ; mais la tarification n’a pas évolué : l’internet mobile, aka “data”, ahhh que ça rapporte ! (aux opérateurs)
En d’autres termes, comme mon prof de techno disait : “les ordinateurs sont devenus très performants avec les années ; mais les prix, eux, n’ont pas bougé”. Pareil pour les télécom’s : l’équipement évolue très vite, la tarification reste. Qui est le gagnant? ;-)
4. Rentabilité :
cela rapporte de l’argent aux opérateurs, pourquoi s’en priveraient-ils? Les clients sont informés par SMS quand ils arrivent à une nouvelle destination
Edit : nan, peut être finalement pas tant que cela.. En octobre 2015, Stéphane Richard, P-DG d’Orange (anciennement France Telecom), répondait à Léa Salamé, que “tous les opérateurs n’ont pas été bons [..] quand on baisse les tarifs [d’itinérance], les abonnés consomment ; autrement, quand ils arrivent à une destination/frontière [plein tarif], le premier réflexe est de couper sa fonction d’internet mobile”
=> En réalité, ça rapporte “pas tant que ça” à Orange, mais ça rapportait énormément (ou impayés??) à l’opérateur local, ou/et à l’opérateur partenaire qui facture ça à Orange : ce sont les opérateurs qui se facturent entre eux, voir section suivante
Et surtout : ça rapporte sur les forfaits pro/entreprises, qui ne bénéficient généralement pas du plafond de l’UE à ~60€ ; mais comme toute facture exhorbitante, la plupart des abonnés finissent par s’arranger avec leur opérateur, soit l’opérateur “invité” le prend à sa charge, où laisse l’ardoise en cas de petit opérateur (ex:mvno)
5. Économique :
il y a un “double” marché :
- le premier marché :
Aussi qualifiables d’Acteurs Établis (=“established leaders”)
Les opérateurs historiques, malins, suffisamment costaux, pour s’assurer d’une interco d’une filiale à une autre. Orange le fait très certainement, d’autres grands opérateur sans doute (ATT), et certains opérateurs internationaux, dont le célèbre Vodafone, aurait permis un tel concept : un abonné Vodafone d’un pays A, n’aura pas de facturation énormissime en itinérance sur l’opérateur Vodafone d’un pays B (normalement).
Deux opérateurs internationaux, présent dans deux pays éloignés, établit sa propre interconnexion :
Quelques opérateurs très costauds, qui s’interconnectent entre eux, notamment par filiale dans le monde : Orange, Vodafone, Deutsche Telekom, Tata, Telefonica..
- le second marché :
Aussi qualififable de Nouveaux Entrants (=“leading challengers”)
Beaucoup plus cher, lucratif, rentable. Je vais les appeler les “partenaires d’itinérance”, ou “partenaires d’interconnexion”.
Ces partenaires d’interconnexions, sont des sociétés privées, dont le coeur de métier, l’activité, est de s’interconnecter à certains opérateurs, pour permettre à d’autres opérateurs de s’y interconnecter. Un peu comme un hub aérien, un aéroport qui permet aux compagnies de faire transiter les voyageurs. Ces partenaires d’interco sont quelques dizaines dans le monde, c’est un marché très fermé, très opaque, qui facturent rubis sur ongle le Méga octet de données mobiles.
Voici un graphique, trouvé dans un document d’Orange, détaillant les principaux partenaires d’itinérance :
Source : Juniper Research, avec l appui d Orange Wholesales
exemples : Cellusys, E&, A1, Tele2..
Ils sont approximativement quelques dizaines dans le monde ; c’est un “monde” tellement opaque qu’il est inutile de chercher à en savoir plus : ils abhorrent être mis en lumière. Il peut être considéré que ce sont eux qui participent à l’établissement de la tarification de l’internet mobile à l’international, selon ce que les opérateurs locaux (A) leur refacturent, qu’ils répercutent sur l’opérateur invité (B)
Exemple :
sur ce schéma, un abonné mobile de Telefonica Brazil, en itinérance chez Orange au Bénin, dont le trajet d’itinérance passe par deux partenaires reliant ces deux précédents opérateurs (au milieu sur le schéma, ibesos et soniverse - noms fictifs)
Source : https://www.sstic.org/2022/presentation/la_signalisation_chez_les_oprateurs_mobiles/
On peut se douter qu’une énorme concurrence “féroce” règne en maître, entre acteurs pré-établis, ayant faits des investissements massifs, pour garder à la fois une forme d’entre soi permettant une énorme qualité de services pour leurs usagers, Et les suivants, qui se débrouillent tant bien que mal pour obtenir une interco pas trop étroite, et avec des tarifs pas trop larges. En d’autres termes, c’est un peu chacun pour soi, dès lors qu’on sort du premier cercle.
À défaut de pouvori investir des sommes énormes dans les installations de télécom, on peut penser que ces sociétés secondaires, ont fait de choix d’interconnecter le plus d’autres opérateurs entre eux pour rééquilibrer le jeu.
Voilà .. les ingrédients, à savoir la technologie, la technique, l’histoire, les usages, les acteurs économiques, les négociations.. ont fait que le tarif de 13.31€/Mo restera encore un certain temps.. Suffit de voir le temps qu’il a fallu à l’EU pour imposer une itinérance “comme à la maison” au sein de l’UE.
(et encore, les destinations incluses en itinérance, hors EU, ne comptent presque jamais les appels/SMS..)
Mais, pourquoi aujourd’hui, les forfaits haut de gamme bénéficient d’un gros quota dans certains pays, alors que c’est facturé au plein tarif (13,31€/mo) pour les autres?
Eh ben, on peut imaginer que c’est un peu comme une mutuelle : plus vous payez, mieux vous êtes protégés (nor-ma-le-ment)
En d’autres termes, les opérateurs d’un pays A, et d’un pays B, font évidemment des négociations pour permettre ce quota d’internet mobile très favorable.
Comment? c’est un peu comme les banques : Vous n’avez pas vu le “C’est pas sorcier” sur les banques? À la fin du mois, au lieu d’effectuer toutes les transactions compte par compte entre les banques, elles simplifient en effectuant la différence : “sinon, vous imaginez le nombre de flux?”
C’est pareil pour les opérateurs : celui qui consomme plus que l’autre, paye la différence à l’autre.
Par exemple, pour illustrer : si opérateur A a ses abonnés qu’ont consommé 150go de plus dans pays B, que les abonnés de l’opérateur B en itinérance dans le pays A, alors c’est pays A qui prend la différence à sa charge ; mais au vu des couts des forfaits haut de gamme, et de la consommation pas forcément conséquente de ses clients dans les dits pays, alors il devrait avoir le budget de se permettre ces couts supplémentaires, qui, en actant un gros quota chez pays B, lui permettra d’engranger beaucoup plus d’abonnés !
Cette “facturation de différence”, qui doit être sur une petite fortune, c’est un peu comme une mutuelle à laquelle les gros forfaits participent, pour éviter l’internet à la consommation au Mégaoctet, en hors forfait.
Et vous imaginez bien, que si ils arrivent, depuis une dizaine d’années, à inclure autant de destinations hors europe, à l’international, c’est qu’ils rentrent forcément dans leurs frais..
Exemple d’interco directe entre opérateurs, aube des années 2000 (Orange/FT et cable wireless, 2nd plus gros opérateur britannique)
https://www.clubic.com/actualite-45018-.html
L’idée est de permettre une meilleure latence, connectivité, en itinérance, et également de faire baisser les tarifs, en évitant les intermédiaires (partenaires d’itinérance )
10€/Mo en itinérance monde, sur une ligne TMobile : un exemple devenu la norme, de loin Crédits : wikimedia
Exemples d’opérateurs proposant un partenariat pour accéder au “reste du monde” pour les nouveaux opérateurs téléphoniques :
https://wholesale.telekom.com/global-connectivity/our-solutions/mobile-roaming/ip-exchange-ipx
https://internationalbusiness.a1.group/ipx/
https://www.arelion.com/products-and-services/mobile-data-and-iot/mobile-data-roaming
https://wholesale.Orange.com/international/fr/nos-solutions/roaming/ipx-transport.html